En 2025, la Bibliothèque de Vielsalm fêtait ses 25 ans. L’occasion pour la Racinothèque de rencontrer Marie-Claude, bibliothécaire de 1986 à 2022 ; Marie-Christine, bibliothécaire de 1990 à 2024 ; et Laurence, ludothécaire de 2004 à 2024.
Au programme de cette deuxième partie : l’invention du nom « Racinothèque », le développement de la bibliothèque et un partenariat surprenant avec… la police de Vielsalm 😲 …
et rendez-vous dans 2 semaines, pour découvrir la dernière partie de l’interview !
– Comment avez-vous vécu l’évolution du métier ?
Marie-Christine : Je crois que ça se fait petit à petit, tu ne t’en rends pas compte, tu essaies juste de toujours de progresser.
Marie-Claude : Moi je m’en rendais compte parce que la charge administrative est devenue de plus en plus complexe. Le métier en lui-même est super intéressant, mais toutes cette partie de gestion est devenue de plus en plus compliquée. Il y avait des contraintes à respecter, des délais à respecter… C’était une autre partie du métier. Un peu moins agréable, mais tout aussi importante.
– Comment s’est passé le passage d’une petite bibliothèque, où vous faisiez encore les encodages à la main, à un lieu plus grand, avec davantage d’activités et d’animations ?
Laurence : Ça s’est fait progressivement.
Marie-Christine : C’est un autre métier. Là-bas on était plus peinard, qu’on fasse une fiche de plus ou de moins ça n’avait pas tellement d’importance. Ici, tu as des activités que tu dois organiser, le rythme s’accélère.
Marie-Claude : Il faut beaucoup anticiper. Maintenant, on doit savoir ce qu’on fait dans les 6 mois, parfois même plus. On organise des choses mais en même temps on doit déjà penser à ce qu’on va faire après, c’est pour ça qu’il faut être plus nombreux. Moi par exemple je n’ai jamais fait d’animations, je faisais déjà le prêt, la catalographie, la gestion administrative. Puis on a rajouté la gestion financière… Tout ça, c’est des charges qui sont venues s’ajouter. Mais oui maintenant il faut anticiper tout le temps.
Marie-Christine : Quand on programmait nos activités à la maison Lambert, on le faisait un mois à l’avance, parfois même une semaine à l’avance. Mais on ne faisait pas ça sur l’année, jamais.
Marie-Claude : Un plan de développement, c’est quelque chose qui nous était inconnu, on ne se projetait pas comme ça. Et c’est très bien de devoir le faire ! Mais ça enlève quand même une certaine spontanéité. Maintenant, chaque activité doit rentrer dans des objectifs, donc on doit éliminer des choses, en chercher d’autres… Tout doit avoir un sens, qui est donné pour 5 ans.
– Pouvez-vous nous raconter quelques moments marquants de votre carrière à la bibliothèque ?
Marie-Claude : On avait fait une animation sur le polar et Laurence avait reconstitué des scènes de roman policier dans la bibliothèque. On avait refait le bureau de Maigret dans la verrière, au piano il y avait le crime avec un mannequin qui avait été poignardé, etc. On avait donc invité deux auteurs de polar, et pendant la soirée ils étaient installés au bureau de Maigret. Le public était sur les marches de la verrière, ils pouvaient échanger autour de la lecture… Comme les auteurs habitaient loin, il fallait les loger ! Alors on leur avait pris une chambre pour tous les deux, aux Arcades. Mais les deux auteurs ne se connaissaient pas… et nous, on les avait mis dans le même lit !
Laurence : Le lendemain matin je les ai vu débarquer dans le couloir de la bibli et je leur dis « alors, bien dormi ? »
Marie-Claude : Je me souviens que l’un des deux m’avait fait une dédicace. Il avait écrit :« en souvenir d’une nuit inoubliable ».
Laurence : C’est comme ça qu’on a évolué. On a un peu innové quand on a proposé les blablas coquins pour la Saint-Valentin, on était une des premières bibliothèques à proposer ce genre d’activité. C’est la même chose avec les « blabla » gourmands… Littérature et gourmandise… on a été dans les premiers à proposer pas mal de choses ! Après, tout le monde a pris le relai. Comme la présentation du prix Versele dans les classes… ça ne se faisait pas, les enseignantes venaient chercher les livres dans les bibliothèques et c’était tout.
Marie-Claude : c’était aussi vraiment tout au début, j’avais eu un coup de fil pour une interview avec Radio Contact, et je devais aller à Malmedy pour l’interview et j’étais très stressée. J’entre dans son bureau, il me propose un café et je dis oui. Il me dit de m’assoir, il revient avec la tasse de café, et je m’étais assise à sa place…
– Il y a des animations qui vous ont plus marqué que d’autres ?
Laurence : Les « blabla » pour adultes, c’était vraiment super. On faisait souvent un after, quand le public était parti. On terminait la soirée en musique et les rayons dansaient parfois avec les bibliothécaires… C’était beaucoup de travail mas y avait un super retour, les gens en redemandaient. C’était très vite complet, alors les gens étaient un peu déçus.
Marie-Christine : Constance de Salm, c’était un grand projet. On s’est beaucoup investies, on a dû le faire deux fois tellement ça a eu de succès… On avait fait une lecture spectacle avec mise en scène, on était déguisées, Georges Benoit nous avait coiffées…
Laurence : Puis il y avait une lecture avec accessoires d’époque, pour faire un petit clin d’œil à cette fameuse constance de Salm…
Marie-Claude : On avait Gaëtan Plein qui était déguisé à l’entrée et qui annonçait les gens qui arrivaient : « Mr et Mme la comtesse de machin »…
Laurence : …« Mr le comte du Vieux Marché et son épouse ! » On a pas mal de souvenirs avec lui, on a fait pas mal d’animations ensemble avec les écoles. On a fait des ateliers d’écriture… Gaetan allait se planquer sous le piano, les enfants ne le voyaient pas et puis il sortait pour leur faire peur. Les animations aussi avec Kungu, les ateliers thématiques… On a failli mettre le feu.

L’équipe de la bibliothèque accompagnée de Gaëtan Plein, à l’occasion de l’événement « Constance de Salm ».
Marie-Christine : Il y a eu « Book and Roll » aussi, en partenariat avec la province. On a reçu ici les Chilly Pom Pom Pee.
Laurence : Le concert des Chilly ! Il y avait un monde fou…
Marie-Christine : Les BITCHI BAMDAM !
Marie-Claude : Il n’arrivait pas… la bibli était pleine à craquer, il faisait chaud, il y avait des gens jusqu’au balcon et il n’arrivait pas… J’allais tout le temp voir dehors, et puis finalement le voilà qui arrive : il s’était perdu ! Il est arrivé, il a bondi sur scène et il a commencé son spectacle directement. Mais la foule était impatiente !
Marie-Claude : Y a eu l’année forêt aussi, en 2018, où on a fait que des activités en rapport avec le foret.
Laurence : C’était la première fois qu’on basait les activités sur une thématique unique.
Marie-Claude : Là aussi on a vu défiler combien de personnes sur un an. Il y en avait pour tous les publics, tous les âges…
Laurence : Dire qu’on a fait tout ça…
Marie-Claude : En même temps, on s’amusait bien !
Laurence : Ça nous faisait plaisir ! on le faisait parce qu’on aimait bien !
Marie-Christine : C’était de belles années !
Laurence : Les choses qu’on proposait c’est parce qu’on avait envie de les proposer. On n’était pas imposées de quoi que ce soit.
Marie-Christine : Le concours d’orthographe, on n’en a pas voulu ! On reportait pour ne pas le faire…
Marie-Claude : « L’année prochaine peut-être ! ». On a eu la chance d’avoir de bons conseils d’administration. Les présidents se sont succédé, mais ils nous ont toujours fait confiance. Ils ont bien vu aussi que le service prenait de l’importance dans les services de la commune. Que c’était quelque chose qui marchait. Donc ils n’avaient pas de raisons de nous empêcher d’entreprendre quoi que ce soit. Et puis on était en contact avec les autres services socioculturels de la commune, ce qui était bien aussi pour savoir ce qui se passe ailleurs. Et pour pouvoir travailler ensemble.
– Vous avez vu votre lectorat évoluer, quel lien est-ce que vous pouvez avoir avec certains lecteurs, quand vous les avez connus tout petits et que maintenant, ils reviennent avec leurs enfants ?
Marie-Christine : Dans la rue… on ne les reconnait pas toujours mais eux ils nous reconnaissent : « C’est la dame qui tenait la bibliothèque ! ».
Laurence : Quelqu’un m’a encore dit le mois dernier : « c’est grâce à vous que j’aime lire. Vous m’avez présenté les livres du prix Versele quand j’étais en primaire ». Elle m’a dit « c’est grâce à vous que j’ai aimé apprendre le français et que je lis maintenant ». Et bien, ça fait plaisir à entendre. Ils ne le disent pas tous, et on ne les reconnait pas tous non plus, mais il y en a surement plus qu’on ne pense.
Marie-Claude : C’est très touchant.

2002, Les bibliothécaires fêtent la rénovation de la ludothèque.
