En 2025, la Bibliothèque de Vielsalm fêtait ses 25 ans. L’occasion pour la Racinothèque de rencontrer Marie-Claude, bibliothécaire de 1986 à 2022 ; Marie-Christine, bibliothécaire de 1990 à 2024 ; et Laurence, ludothécaire de 2004 à 2024.
Au programme de cette deuxième partie : l’invention du nom « Racinothèque », le développement de la bibliothèque et un partenariat surprenant avec… la police de Vielsalm 😲 …
et rendez-vous dans 2 semaines, pour découvrir la dernière partie de l’interview !
– D’où vient le nom Racinothèque ?
Marie-Claude : Ça c’est Christian, mon mari, qui l’a trouvé.
Laurence : C’est en revenant d’une visite culturelle qu’il l’a trouvé, et je nous vois encore dans le car en train d’en parler ! On revenait d’avoir visité un musée, avec Emmanuel Grégoire, et c’est Christian qui l’a trouvé.
Marie-Claude : On avait des idées plus classiques. Centre de documentation salmien…
Laurence : … Mémoires de Salm. Il y avait le mot « Salm » qui revenait à chaque fois. On n’arrivait pas à en sortir. Et puis on s’est dit racines… racines… Racinothèque !
– Et le logo ?
Laurence : Le logo a été fait par le compagnon d’Emmanuelle Dethier, qui travaillait à l’époque pour convention Culture. Il était graphiste, et il l’a fait sur base de celui de la bibliothèque. A la base, ils voulaient garder le rond, la couleur et le lettrage pour pouvoir créer un lien entre la bibliothèque et le centre de documentation.
Marie-Claude : Ça aussi, le logo de la bibliothèque ça a été quelque chose. Quand on a déménagé, on avait fait appel à une classe de graphisme à Liège, pour demander que les élèves proposent des logos. On en a reçu pas mal, et au final celui qui nous plaisait le mieux avait été réalisé par un élève de Vielsalm, ce qui tombait super bien. Donc c’est François Demoulin qui a fait le logo de la bibliothèque.
– Vous avez fait une fête d’inauguration pour les nouveaux bâtiments ?
Marie-Christine : Oui oui, on a fait l’inauguration, puis les dix ans, puis les vingt ans…
Laurence : … Les vingt ans ont été un peu perturbés [ndlr : en 2020 a eu lieu l’épidémie du coronavirus].
Marie-Claude : Le jour de l’inauguration officielle, le public extérieur a enfin pu voir le bâtiment. Il y avait un ministre, le gouverneur Caprasse et des représentants de la communauté française.
Marie-Christine : Il y avait un buffet aussi, qui avait été fait par les élèves de la section restauration de Rencheux.
Marie-Claude : Il y avait un monde fou ! Et le lendemain, c’était l’ouverture au public. Le premier avril !


Le Bourgmestre Jacques Gennen, le Gouverneur Bernard Caprasse et le ministre Robert Collignon lors de l’inauguration de la bibliothèque.
Marie-Christine : Dans les nouveaux bâtiments, on pouvait encore fêter parce qu’il y a de l’espace. Mais quand on était à la maison Lambert et qu’on voulait faire un repas d’équipe, on devait se cacher un peu parce qu’il n’y avait pas du tout d’espace privé. Donc quand les lecteurs arrivaient, on devait cacher les verres de vin derrière les livres pour qu’ils ne voient pas qu’on était en train de boire un verre de vin en mangeant.
– Et puis vous n’étiez pas seuls, dans la maison Lambert…
Marie-Claude : D’abord il y avait le notaire, avant qu’il ne réintègre la maison de la rue Général Jacques, qui s’appelle maintenant la Maison du Notaire. Ensuite, c’est la police communale qui a occupé les locaux. Avec le notaire, on avait aucune relation. On ne se voyait pas vraiment. Et avec la police…
Marie-Christine : … Avec la police, on avait un peu plus de contact. On avait Marie-Paul qui nettoyait à la fois chez nous et chez eux. Donc elle servait un peu plus de lien entre les deux.
Marie-Claude : On les a juste embêtés quand on a fait « polyphonia » en 98. C’était des ateliers d’éveil musical qui avaient lieu dans tout le bâtiment : le grenier, dans la bibliothèque, tout le premier étage, dans la tour… Il y avait du bruit, de la musique, partout ! Et la police était toujours là à l’époque. Ça a bien duré quinze jours, parce qu’il fallait qu’on rentre dans nos frais. On avait été démarcher dans toutes les écoles de Vielsalm, Gouvy, Manhay… On avait vraiment essayé de faire venir plein de classes pour pouvoir rentrer dans nos frais.
Marie-Christine : À cette époque-là c’était à peu près 200 000 francs belges de budget. C’était conséquent, et il fallait qu’on arrive à le rentabiliser. Et on y est arrivé.


– Vous envoyez vraiment la police chez les gens qui ne ramenaient pas les livres ?
Marie-Christine : Oui oui, ça nous est arrivé ! Ou alors on y allait nous-même.
Laurence : Et pour les jeux aussi !
– Ça fonctionnait ?
Laurence : Ça a marché quelques fois mais pas toujours. On demandait à un gendarme d’aller les chercher. On lui donnait la liste des livres et il partait les récupérer. C’était une autre époque.
– Qu’est-ce qui vous a motivé à devenir une bibliothèque reconnue par la FWB ?
Marie-Claude : Le fait de pouvoir avoir des emplois subventionnés, un budget pour les animations… Fusionner le réseau libre et communal faisait de nous une bibliothèque reconnue et nous a donnait accès à plus de subsides. C’était beaucoup plus de travail administratif, forcément. C’était beaucoup moins facile qu’avant puisqu’avant on n’avait pas autant de compte à rendre.
Marie-Christine : On avait notre rapport d’activité à faire en fin d’année, il fallait y ajouter quelques photos, quelques remerciements, mentionner le nombre de lecteurs, de livres, etc. C’était assez basique.
– On a parlé de la création de la Racinothèque, de la Ludothèque, vous avez aussi créé une grainothèque. Qu’est-ce qui vous a motivé à développer autant d’activités ?
Marie-Claude : La ludothèque c’était évident puisqu’il y en avait une. C’était indépendant physiquement, mais ça dépendait déjà de la bibliothèque.
Laurence : Quand c’était au sacré cœur c’était vraiment indépendant. C’était un projet scolaire, et les jeunes n’y venaient pas. C’était uniquement pour les élèves de l’école.
Marie-Claude : La Racinothèque on en a déjà parlé. La Grainothèque c’était aussi un mouvement commun avec d’autres bibliothèques de la province. Au départ, 7 bibliothèques étaient intéressées par ce projet. Ça partait de nos préoccupations environnementales et aussi du fait qu’on se trouve quand même dans un milieu naturel particulier, donc on voulait valoriser ce patrimoine-là. À l’époque ou la Grainothèque a été créée, on était souvent en contact avec la bibliothèque de Malmedy et on en avait fait un projet commun.
Marie-Christine : On a aussi fait pas mal de sorties, où on allait vendre nos vieux livres. On allait dans les brocantes pour essayer de se faire connaitre et éliminer tout le surplus de la bibliothèque. On a été sur les marchés aussi.

Laurence : Et le grenier emmacrallé n’était pas là, au début. On l’a créé quand je suis arrivée, il y a une petite vingtaine d’années. Avant ça, il n’y avait rien à cet endroit-là. C’était un local où il y avait quelques anciens sièges du cinéma, des rangements dont on ne savait pas quoi faire. A un moment donné, on y a mis les albums jeunesse parce qu’on manquait de place. Et puis de fil en aiguille, on s’est dit qu’on mettrait bien toutes les histoires de sorcière ensemble et qu’on aménagerait l’endroit.
Marie-Claude : On s’est dit Vielsalm c’est les Macralles. Il y a beaucoup de littérature jeunesse qui parle de sorcières donc, donc pourquoi pas faire un fonds sorcières.
Laurence : Et le mettre dans un coin vraiment un peu à part. Cet espace-là s’y prêtait bien, alors on a fait une petite déco thématique. Et c’est devenu le grenier emmmacrallé, inauguré par les Macralles elles-mêmes.

Marie-Christine : Dans la maison Lambert, on avait aussi notre petite salle où on racontait des contes. Elle était dans la tour, avec une vue plongeante, et on l’avait aménagée
Marie-Claude : On y avait mis des voiles, des coussins… L’escalier était un peu raide, et la porte pour y rentrer était toute petite. Il y avait tout un groupe de bénévoles qui venaient raconter des histoires aux enfants.
– Et le prêt dans les écoles c’est venu comment ?
Laurence : Ça existait déjà à la maison Lambert, non ? Mais c’était géré autrement ?
Marie-Christine : Les écoles du centre de Vielsalm venaient.
Laurence : Les autres avaient peut-être leurs petites bibliothèques, et elles tournaient avec ça.
Marie-Claude : C’est comme le prêt à domicile. C’est le comité des usagers qui a eu l’idée de faire du prêt à domicile et au départ, c’est eux qui s’en occupaient. Et puis petit à petit on a repris ça nous-même. Mais à l’époque, il n’y avait pas beaucoup de bibliothèques qui le proposaient on a été dans les premières.
Marie-Christine : On allait aussi à Hasselt, une ou deux fois par an, pour aller chercher un stock de livres en néerlandais pour en proposer ici.
