En 2025, la Bibliothèque de Vielsalm fêtait ses 25 ans. L’occasion pour la Racinothèque de rencontrer Marie-Claude – bibliothécaire de 1986 à 2022, Marie-Christine – bibliothécaire de 1990 à 2024 et Laurence – ludothécaire de 2004 à 2024.
Au programme de la première partie de cet entretien : la création de l’asbl, l’évolution du quotidien à la bibli et un déménagement mouvementé depuis la maison Lambert.
… et rendez-vous dans 2 semaines, pour découvrir la suite de cette interview.
– Pourriez-vous nous parler de la création de l’asbl « Bibliothèque publique de Vielsalm » ?
Marie-Claude : À l’époque, la bibliothèque était reconnue par le décret de 1978. Il y a eu un nouveau décret qui se profilait au moment où la commune s’est dit que ce serait bien de fusionner la bibliothèque communale, qui n’avait plus qu’une implantation, avec la bibliothèque libre adoptée Saint-Joseph-Gengoux à l’école Saint-Joseph. Donc l’inspecteur de l’époque avait conseillé la création d’une asbl, en fusionnant les deux réseaux. Il y a eu des mois de négociations avec les œuvres paroissiales qui s’occupaient de la bibliothèque adoptée, et puis finalement ça a abouti et les collections ont fusionné. On a ramené les collections de Saint-Gengoux dans la maison Lambert où la bibliothèque communale se trouvait à ce moment-là. Donc ça c’était en 1989-1990.
Marie-Christine : en 1991 oui, parce que moi je suis arrivée à ce moment-là.
Marie-Claude : Et donc l’asbl a débuté officiellement en 91, avec la publication des statuts au moniteur, la création d’un conseil d’administration … Donc depuis 1991, c’est l’asbl Bibliothèque Publique de Vielsalm.
– Comment s’est passé le déménagement de la bibliothèque dans ses locaux actuels ? Donc de la maison Lambert jusqu’ici, dans l’ancien cinéma Lido. Quels étaient les enjeux de ce déménagement ?
Marie-Christine : On était un peu à l’étroit quand même. Ça se trouvait sur deux étages, ce qui n’était pas facile à gérer non plus. Donc on cherchait d’autres locaux. Il y a d’autres projets qui ont été proposés, tu te souviens, près de la piscine ? Il y a eu un projet, là-bas, qui n’a pas abouti.

– C’était quoi près de la piscine ?
Marie-Claude : Une nouvelle construction. C’était l’architecte Halbardier qui avait fait un projet, mais il n’a pas abouti.
Marie-Christine : Oui, et puis la commune a eu l’opportunité d’acheter le bâtiment du cinéma. A partir de ce moment-là, il y a eu un certain temps où on ne savait pas ce qu’on allait y faire. Et puis ils ont décidé d’y mettre la bibliothèque et de faire les travaux.
Marie-Claude : À l’époque de la maison Lambert on était que deux, à temps plein, mais sur deux étages. Donc il fallait à chaque fois, pour toutes les séances de prêt, être une en haut et une en bas. C’était au rez-de-chaussée pour les adultes et au premier la section jeunesse. Donc pour le déménagement, on avait déjà déménagé de Salmchâteau à la maison Lambert, puis il avait fallu déménager la bibliothèque de Saint-Joseph aussi… enfin, ça a fait des tonnes et des tonnes de livres à déplacer. C’est nous qui avons mis les livres dans les caisses, il fallait qu’on respecte un ordre pour s’y retrouver après, numéroter tout, donc on a quand même manipulé beaucoup de livres.
Marie-Christine : Ce sont les ouvriers de la commune qui sont venus et qui ont tout transporté.
– D’un point de vue logistique, ça vous a mis beaucoup de temps à organiser ?
Marie-Claude : Je pense qu’on a fermé un mois. Et alors qu’on avait tout rangé, tout aménagé, le matin de l’ouverture au public l’architecte a trouvé que les rayonnages n’étaient pas beaux, que ça n’allait pas.
Marie-Christine : Qu’ils ne mettaient pas en valeur son idée.
Marie-Claude : Donc en deux-trois heures on a du tout rechanger, juste avant l’ouverture au public.
Marie-Christine : Déplacer tous les romans !
Marie-Claude : Mais ça ne voulait pas dire simplement bouger les étagères, il a fallu déplacer les livres, l’ordre alphabétique n’était plus respecté… il a fallu tout remanipuler. Ça a été le dernier petit stress de la journée. Mais il nous a aidé à les déplacer.
– Comment était-ce de travailler à la maison lambert ?
Marie-Christine : On n’était pas informatisé, au départ. Toutes les fiches se faisaient à la main, on prenait le livre et on faisait trois quatre fiches, par auteur par titre par sujet, etc. et on passait des après-midis, dans le local en haut, à tout rédiger.
Marie-Claude : Et pour le prêt c’était pareil. Moi au départ à Salmchâteau j’avais un grand cahier A4 où j’écrivais le nom du lecteur, le titre du livre, la date. Et puis un prêt durait deux mois. Donc quand les gens revenaient après deux mois, il fallait retrouver où il était écrit.
Marie-Christine : Et puis après on a eu des pochettes pour les lecteurs. On enlevait les fiches du livre et on les mettait dans la pochette, puis on replaçait toutes les pochettes. Ça c’était la deuxième étape. Et à partir de 1994, on a été informatisées.
Marie-Claude : Et on était une des premières bibliothèques de la province, si pas la première, à l’avoir été.
Marie-Christine : On suivait des formations sur place, avec le créateur du logiciel.
– C’est vous qui aviez choisi le logiciel ? Ce n’était pas quelque chose d’uniforme, comme ce qu’on a maintenant ?
Marie-Christine : Non non, on avait choisi le logiciel en fonction de son coût et de sa convivialité. On s’est aligné sur Marche bien plus tard.
Marie-Claude : Après de nombreuses années, parce qu’on était un petit peu rebelle. On voulait résister, on ne voulait pas être dans le même sac que tous les autres. On aimait bien notre petit logiciel, Socrate, on aimait bien le créateur du logiciel. Donc on a résisté quand même longtemps. On ne voyait pas l’avantage, à l’époque, d’être dans un réseau commun. Alors qu’évidemment, c’est magnifique.
Marie-Christine : Le réseau n’offrait pas les mêmes services que maintenant. L’échange par livraisons se faisait tous les 15 jours, ou tous les mois au départ. Et puis on se disait qu’on ne voulait pas se priver de nos nouveautés pour les envoyer ailleurs. Ça ne nous intéressait pas.
Marie-Claude : On voulait garder notre autonomie. Et puis on s’est rendu compte que finalement c’était une richesse. Entrer dans le réseau nous permettait d’offrir à nos lecteurs une immense bibliothèque, à condition que la circulation des livres se fasse. La livraison deux fois par semaines, c’est génial. Et puis quand même, au niveau informatique, ça représentait de grands progrès par rapport à Socrate. Socrate, c’était un peu la préhistoire.
– Comment était-ce de travailler dans les nouveaux locaux ?
Marie-Claude : C’était génial ! J’ai été à toutes les réunions de chantier, on a été concertées pour tous les choix. L’architecte a aidé pour faire le cahier des charges du mobilier, mais tout se faisait en concertation avec nous. On a pu donner notre avis sur tout, même sur les poignées de porte. On savait dans quoi on allait rentrer, et on a trouvé géniale la façon dont ils ont choisi d’occuper les espaces. Sur les 22 ans que je suis restée à la bibliothèque, je me suis souvent dit que c’était encore super. Même après autant d’années. C’est agréable comme lieu de travail, mais aussi pour les lecteurs qui ne sont pas dans un grand espace vide, il y a des petits coins pour s’installer et en même temps on a vue sur tout…
Marie-Christine : … c’est une belle réalisation.
Marie-Claude : Et la preuve, c’est qu’on a eu pas mal de visite d’autres bibliothèques qui venaient voir comment avait été rénové le bâtiment.


– Et la réaction des habitants ?
Marie-Claude : Super !
Christine : Ils étaient enchantés !
Marie-Claude : À l’ouverture y a eu un monde fou ! Les gens étaient contents de revenir au Lido. C’était quand même un lieu emblématique de la commune qui était resté sans occupation pendant plusieurs années…
Marie-Christine : Le lieu permettait aussi de proposer beaucoup d’autres choses. On a eu des activités, du théâtre, de la musique… On ne savait pas programmer tout ça à la maison Lambert, parce qu’on n’avait pas assez d’espace. Donc ça nous a permis d’évoluer.
Marie-Claude : C’était un souhait de Jacques Gennen, qui était à l’époque bourgmestre et président du CA. Il voulait que le lieu soit polyvalent comme, il n’y avait pas de centre culturel à Vielsalm, ni de salle, il voulait que la bibliothèque puisse aussi servir à ça. Donc les rayonnages sur roulette, par exemple, c’était un prérequis. Et à l’époque on n’en parlait pas trop à la Communauté française parce qu’eux n’étaient pas encore dans cet esprit-là. Les bibliothèques ne pouvaient pas encore faire plein d’autres activités. Maintenant toutes les bibliothèques proposent des tas de choses, mais nous le faisions déjà.
Marie-Christine : Alors on a dû augmenter le personnel, aussi, parce qu’à nous deux c’était un peu trop juste.
Marie-Claude : On a été reconnus avec le décret de 2009 donc une subvention a été payée par la communauté française, notre statut d‘ASBL nous donnait aussi droit aux points APE… Tout ça fait qu’on a pu embaucher du personnel, et c’est comme ça que l’équipe s’est agrandie. C’est d’abord Marie-Paul Winand qui nous a rejoint. Ce qui a permis d’augmenter les heures d’ouverture et d’organiser de nouvelles activités. À nous deux, c’était impossible on était prise tout le temps.
– Et c’est là que vous avez pu embaucher une animatrice alors ?
Marie-Claude : En 2004, quatre ans après on a embauché une animatrice supplémentaire.
Laurence : En fait, j’étais déjà du côté de la ludothèque.
– Comment la ludothèque a-t-elle rejoint la bibliothèque ?
Laurence : En fait la ludothèque, au départ, était située dans les bâtiments de l’ISC. C’était un projet scolaire mené par Annette Gustine et ses élèves, qui a été amené à déménager à la bibliothèque. Et parce que je connaissais bien Annette, j’ai pu rejoindre le projet.
– Quand la ludothèque a rejoint la bibliothèque, elle était toujours dans un bâtiment séparé ?
Laurence : Oui, il y avait ce local communal qui était disponible pour y mettre la ludothèque. C’était une partie des anciens ateliers où ils entreposaient du matériel. Alors les jeux ont finalement été rapatriés là.

Marie-Christine : Des années plus tard, on a fait une percée entre la bibliothèque et la ludothèque.
Marie-Claude : Oui, parce qu’on a fonctionné comme ça pendant très longtemps. On était un peu séparés. Il fallait faire le tour pour y accéder. Et Françoise Gathelier, elle, était aussi au début à la ludothèque.
Laurence : Au tout début oui, quand on était encore au sacré cœur.
Marie-Christine : Et puis il y a la Racinothèque, aussi, qui s’est ajoutée. On était un peu à l’étroit pour ce qui était tout régional et on a essayé de trouver des solutions. On avait pensé d’abord à la maison qui est maintenant occupée par le Rat des Champs, parce qu’elle était à vendre.
Laurence : Oh moi je m’y voyais !
Marie-Claude : Et puis finalement on a demandé un local ici, à la Maison du Parc. On était au courant que c’était le grand projet du Plan Communal de Développement Rural qui était en train de se réaliser. Donc on a vu le plan, et on a demandé pour avoir un local ici. Et ils ont dit oui.
Marie-Christine : Tout ça n’aurait pas pu rester à la bibliothèque, on n’aurait jamais eu la place.
