Café philo

L’être humain, qu’est-ce donc ?

Compte-rendu de l’atelier philosophique du 18 octobre 2018 animé par Alain Wuidar, agrégé de philosophie.

À la suite de la révolution copernicienne qui a consacré l’héliocentrisme, une autre, pas moins importante, se profile aujourd’hui. De fait, le « dérèglement » climatique dû à l’« anthropocène », la résurgence d’un racisme décomplexé, comme la mauvaise condition animale, la robotisation et la numérisation tout azimut…portent à nous interroger sur la place dominante que nous, êtres humains, prétendons toujours occuper à la surface du globe. L’homme chrétiennement consacré « maître de la terre » est une affirmation que la Renaissance humaniste n’a d’ailleurs pas remis en question. Pas plus d’ailleurs que la Modernité !

On sait combien le rationalisme cartésien du XVIIe siècle a marqué la science moderne et infuse encore la recherche contemporaine : seul l’être humain possède une âme, il est une « chose » pensante, tandis que l’animal est un automate qui, démuni de pensée, n’éprouve aucune émotion. Pourtant, déjà au IVe siècle av. J.-C., Aristote (probablement parce qu’il avait connu la condition de métèque à Athènes, mais aussi parce qu’il avait durant des années fait œuvre de naturaliste), était déjà bien loin de soutenir une telle discrimination « morbide ». Le corps matériel et le spirituel sont, pour ce philosophe grec, indissociables. L’être humain est une espèce animale parmi d’autres, et non un genre d’être distincts. Selon lui, il n’y a pas de doute que tous les vivants ont une âme. Mais celle-ci comporte diverses fonctions. Les plantes ont seulement une âme animée d’une fonction végétative, celle des animaux possède à la fois une fonction végétative et sensitive, celle des hommes, enfin, est dotée en plus d’une fonction intellectuelle.

Depuis quelques décennies, la question de savoir ce qui distingue l’être humain des autres espèces vivantes bénéficie d’une multitude de réponses : la conscience, la culture (religieuse, philosophique, littéraire, politique, économique…) et la technique, avec leur transmission, et donc l’éducation, mais aussi bien sûr la raison, avec l’empathie et la morale, la quête « gratuite » de type spirituel et esthétique, le travail et l’organisation sociale, le rire et l’imagination, la symbolisation et l’articulation syntaxique… Or, cette démultiplication de critères n’est-elle déjà pas, en elle-même, l’indice que l’on ne sait plus tout à fait où se situe la frontière entre l’homme et les autres composantes du monde ?

Mais, il y a plus. Car, si l’on s’interroge sur cette question en elle-même, on est amené à se demander dans quelle mesure l’on peut réellement échapper à l’anthropocentrisme ? En d’autres termes, n’est-ce pas encore l’homme qui se pose la question de savoir ce qui l’isole des autres dimensions, non seulement animales, mais aussi…physico-chimiques ? Ou encore, pourquoi et comment se la pose-t-il ?… L’évolution de l’intelligence artificielle et la capacité de mutation reconnue aux virus, entre autres processus gagnant leur autonomie par rapport à l’homme, ne viennent-ils pas déjà provoquer l’être humain en sa suprématie ?

Et si la pensée orientale traditionnelle pouvait ici nous guider dans la poursuite de notre réflexion ? À titre d’exemple, la langue japonaise possède un terme, celui de « cocolo » qui désigne l’âme vue comme un tout, fait d’intelligence, de sensibilité, de réflexion et d’émotion… dont tout le cosmos participe. Alors, l’être humain ne serait-il plus qu’un être, qu’un élément parmi d’autres au sein de l’univers ?

Deux questions pour aller plus loin :

  1. Qu’est-ce que l’homme aurait a gagné ou à perdre (avantages et inconvénients) de se mettre davantage « au diapason » de la nature ?

  2. Qu’aimeriez-vous faire et même comment seriez-vous prêt à vivre pour occuper une autre place, plus en harmonie avec l’univers ?

Prochaine rencontre : le jeudi 29 novembre 2018 à 19h30 en la Bibliothèque publique de Vielsalm

Thème de la soirée : « La Querelle du beau et de l’art »

 

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