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LE RETOUR À LA NATURE SELON HENRY DAVID THOREAU

Compte-rendu de l’atelier philosophique du 22 février 2017
animé par Alain Wuidar (voir références sur LinkedIn).

L’idée d’« retour à la nature » est en vogue. Aussi n’est-il pas superflu de se demander ce que signifient aussi bien cette « nature » que ce « retour ».

Idéalisée ou mythifiée par les Romantiques du 19e siècle, telle semble resurgir la nature en l’esprit de l’homme actuel. D’ailleurs, les agences de voyages l’ont bien compris : à profusion, elles nous offrent des clichés de superbes paysages pour susciter en nous un désir d’évasion. À celui-ci sont associés moult sentiments : associé avec la soif d’une prétendue authenticité, le besoin de s’éloigner par rapport à l’artifice dont sont emprunts nos existences ; un ressourcement spirituel qui passe par la sérénité retrouvée au contact véritable d’une virginité édénique souvent (re-)constituée ; une redécouverte de son être propre par la méditation ou encore par le plaisir, tellement éphémère, d’une présence à soi que gratifie encore la beauté d’un environnement inspirant…

Néanmoins, à côté de ce « rewilding » pour « amateurs » en mal d’aventure préfabriquée ou même en quête de thérapie, un autre type de nature continue à prévaloir. Alors qu’elle se présente sous des aspects plus variés et, surtout, en des rapports plus exigeants, son ordre, avec ses propres lois et son rythme indéfectible contraint l’homme a plus d’humilité. Celui qui veut vivre dans et de la nature sait qu’il doit d’abord la comprendre depuis l’intérieur, faire avec elle, en la respectant, et non en dépit d’elle voire contre elle. Ici, la nature s’impose comme un protagoniste à part entière avec lequel on est tenu d’entretenir des relations correctes. Elle cesse d’être une simple toile de fond qu’il suffit de contempler pour y trouver une forme de bien-être.

On le voit, il n’y a pas plus une seule et unique nature, qu’il ne peut y avoir de retour simple et univoque aux réalités qu’elle renferme. Dans « Walden » (compte-rendu de son expérience de deux années passée au milieu des bois et au bord d’un lac), l’américain Henry David Thoreau (1817 – 1862) invitait déjà ses contemporains à vivre en bonne intelligence et donc en harmonie avec la nature. Par là, il souhaitait qu’une meilleure compréhension de l’écosystème (dirions-nous aujourd’hui) puisse conduire à une protection aussi bien de la flore que de la faune mais aussi à une utilisation plus rationnelle des ressources.

Sur les traces de cet auteur, et ceci depuis plusieurs décennies, un certain nombre de personnalités anticonformistes ainsi qu’une quantité de communautés dites de base ou d’éco-villages… ont entrepris de reconquérir, au contact d’une nature « renaturalisée », une vie faite de simplicité. Par une pratique restreinte aux actes qu’ils considèrent essentiels à leur propre survie (effectivement celle-ci est axée sur la nourriture, l’abri, les vêtements et les combustibles), ils cherchent à atteindre quelques objectifs qui appartiennent à leur philosophie : diminution de la production et de la consommation de biens, pratique du « circuit-court » dans l’approvisionnement en nourriture et matériaux de construction, réappropriation des techniques « ancestrales » en vue de restreindre l’empreinte écologique…

Nous n’avons plus dès lors affaire au « rewilding », mais au « wilderness ». En ce terme, on constate que le « re » signifiant le retour a disparu pour laisser place au « er » qui, en anglais, est la marque du « davantage ». Il ne s’agit plus d’un simple « retour à », mais bien d’une « fuite par rapport à » ; et, en l’occurrence, à l’égard du système néo-libéral et du machinisme, de la globalisation et de la digitalisation… effectué au profit d’une expérience de vie « naturelle » centrée sur l’essentiel. Par ce courageux et sévère décentrement-recentrement, de tels individus, que ce soit seuls ou en groupe, pensent pouvoir se transformer, se renouveler… et cela en vue de s’épanouir véritablement ! Et, effectivement, à titre de modèle, Thoreau n’hésitait pas, lui aussi, à parler de « sentiment cosmique de l’appartenance de l’homme à l’univers » dans lequel « la vie peut alors et seulement exploser ! ».

Pourtant, lorsque ce même auteur parle d’un « retour actif et réfléchi à la nature », sa vision, alors plus sobre, a le mérite de pouvoir encore nous interpeller sur un point moins développé de sa pensée. C’est que, selon lui, ce n’est pas simplement l’homme valorisé qui se naturalise, mais aussi la nature qui s’humanise. Il ne s’agirait donc pas de simplement « domestiquer » celle-ci au seul bien de l’homme industrieux que ce soit pour son confort matériel ou son bien-être moral, mais encore d’« apprivoiser » cette nature en vue d’établir avec elle une forme respectueuse de dialogue. En somme, on peut s’interroger pour savoir si ce fameux retour à la nature ne gagnerait pas finalement à prendre la forme d’un contrat. En cet acte juridique, où l’homme prêterait son intelligence à la nature pour représenter honnêtement les exigences de cette dernière, l’équilibre des parties pourrait être mieux garanti. À des fins écologiques, certes, mais aussi humaines, les termes d’une riche coopération s’y trouveraient ainsi redéfinis aux bénéfices « soutenables » de chacun.

Pour aller plus loin, encore quelques questions :

  1. Avez-vous déjà vécu une expérience au cours de laquelle vous avez profondément éprouvé votre appartenance à la nature ?

  2. Seriez-vous prêt à opter, totalement ou en partie, pour un autre mode de vie plus proche de la nature ? Veuillez expliciter.

  3. Quels sont, d’après vous, les « fondamentaux naturels » de l’homme qu’il s’agirait de retrouver et comment imaginez-vous pouvoir coupler ceux-ci avec ses dimensions aussi bien culturelles que techniques ?

Prochaine rencontre : le jeudi 22 mars à 19h30 en la Bibliothèque publique de Vielsalm

Thème de la soirée : « La Forêt et le paysage »

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