Élaborez votre pensée

La foi en la science
Compte-rendu de l’atelier « Élaborez votre pensée » du 8 juin 2017

La « philosophie », « amour de la sagesse » ou même « sagesse de l’amour ». Une éducation à la tempérance de plus de 2500 ans. Et trop souvent on attend encore d’elle quelque remède, quelque consolation. Pourtant, cette discipline présente aussi une tout autre facette, mentalement moins confortable : elle se veut éveil et développement de l’esprit critique associé à une volonté d’imaginer. Pour nous exprimer plus concrètement, il ne s’agit pas seulement de faire preuve de vigilance pour décrier tout ce qui ne va pas dans la société, mais aussi de proposer des alternatives, des manières de vivre différentes.
Comment rencontrer ce double objectif ? La mise en commun de nos savoirs et réflexions sous le contrôle et l’encouragement des autres semble aujourd’hui particulièrement encouragé (l’on parle notamment de « brainstorming » et de « laboratoire d’idées »), mais déjà Socrate procédait de la sorte dans les fameux « Dialogues platoniciens ». Aussi, est ce que nos soirées philosophiques mensuelles essayent particulièrement de promouvoir : oser exprimer ses pensées et profiter de celles des autres pour susciter l’émulation.
Lors de la dernière soirée, notre échange a porté sur la « foi » qui motive et enferme les scientifiques dans leur activité de recherche. Ainsi, à côté du processus expérimental ou dispositif technique relativement normés dans et avec lequel le chercheur fonde son travail, le corpus de connaissances sur lequel il assoit ses réflexions et démonstrations (quitte à s’évertuer à le renverser), peut constituer un frein à la découverte, à l’innovation, à l’invention et même à la création (cette différence terminologique mériterait en elle-même une investigation). , À coup sûr, l’espoir d’arriver à un résultat est également un moteur incontestable de la recherche. Néanmoins, la question du financement de celle-ci et le besoin du jeune chercheur d’être reconnu par ses pairs ou les élites de son domaine peuvent souvent modérer et endiguer son audace à remettre en cause ses devanciers ou suivre l’une ou l’autre direction qui pourtant le tente. Enfin, il faut lever une illusion tenace : une théorie scientifique n’est jamais qu’une interprétation du réel, une fiction qui a sans doute l’avantage de pouvoir déboucher sur des applications concrètes, mais qui, idéalement, doit toujours pouvoir être rivalisée pas d’autres, plus performantes tant sur le plan de l’explication que sur celui des retombées concrètes. Il n’y a pas de vérité définitive ! Cela signifie, par exemple, qu’une nouvelle théorie pourrait, dans l’avenir, supplanter celle de Newton concernant la gravitation universelle.
Si le doute comme tel doit soutenir la recherche, c’est aussi une confiance plus raisonnée et limitée dans le progrès scientifique, lui-même plus réfléchi et maîtrisé, qui doit prévaloir dans l’esprit du profane. En tant que citoyen impliqué, il importe ainsi que ce dernier considère la complexité réelle d’un phénomène. Ici, l’exemple le plus probant est celui de l’introduction des OGM sur le marché. Pour éviter ses tristes conséquences, la mise sur le circuit de ce nouveau processus aurait dû faire l’objet d’une réflexion a priori sur les plans politique et social, au lieu d’être simplement laissée au pouvoir (avec ses lobbies) éco-technico-scientifique.
À l’encontre de ces holdings agro-alimentaires, les moyens d’action dont dispose la société civile sont effectivement nombreux : en aval, la pétition contre (divers points de) leur stratégie, le boycott (de certains) de leurs produits, mais aussi, en amont, la surveillance du financement et le contrôle de l’avancée des recherches (du moins dans les secteurs les plus critiques — à définir). Il conviendrait ainsi que les différentes instances du pouvoir représentatif puissent, par ses décisions et ses visions d’un avenir salutaire, infléchir le monde de la recherche et de l’industrie pour le mettre au service d’une communauté que celle-ci soit globale ou locale (qui n’a pas entendu parler des normes et mesures de l’AFSCA ?). Enfin, même si c’est la jeunesse d’aujourd’hui qui fera le monde de demain, notre devoir n’est-il pas de l’informer des avantages et inconvénients de tel ou tel système pour qu’à son tour, elle soit en mesure d’exercer, en même temps que son jugement critique, son esprit inventif avec pour horizon un monde plus juste.
Le cerveau de celui qui n’a que des certitudes arrête de fonctionner…
Oscar Wilde
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Prochaine rencontre le 14 septembre, à 19h, dans les locaux de la Bibliothèque publique de Vielsalm. Thème choisi : « Homme/femme : quelle différence ? ».

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