Élaborez votre pensée

 

Compte-rendu de l’atelier « Élaborez votre pensée » du 13 avril 2017

Le travail est une valeur essentielle, et pour la reconsidérer il faut faire preuve d’audace ! Aujourd’hui, ce terme est supplanté par celui d’emploi auquel s’oppose celui de chômage, double face d’une nécessité et même d’une obsession : gagner sa vie par le travail. Aussi, le fait que le chômeur reçoive un revenu sans fournir une contrepartie est, aux yeux de beaucoup, une anomalie.

Avoir un emploi garantit non seulement un salaire, mais aussi un statut social, une respectabilité, une ouverture possible vers des projets de vie. Mais qu’en est-il des multiples formes de souffrance physique, morale et psychologique qu’occasionne le travail dans notre modèle économique, passé et actuel ? Deux études récemment réalisées en France le montrent : tandis que seulement 13% à 20% de la population apprécierait son activité professionnelle, le burn out et le bore out représenteraient 60% des motifs d’arrêt maladie.

Alors, le travail est-il l’expression majeure de son humanité dans la mesure où il lui permet de se réaliser ? Ou est-il plutôt le symptôme de la dépendance de l’homme à l’égard de la nature, le synonyme d’efforts et de peine en vue de la production de biens et de services ?

La liberté est-elle la finalité du travail ou le travail est-il devenu la finalité de la liberté ? Autrement dit, l’exercice d’un métier assure-t-il une émancipation ou peut-on s’estimer libre simplement parce qu’on a la « chance » d’avoir un emploi ? Mais de quelle liberté-émancipation parle-t-on en réalité ? À quelles conditions le travail peut-il devenir une façon de vivre véritablement humanisante ?

Ces nombreuses interrogations taraudent, peu ou prou, nos vies contemporaines passées, pour les uns, dans le temps contraint du travail et, pour les autres, en « loisir forcé » dû à l’absence d’emploi — soit deux sources d’insatisfaction chronique.

Le temps de notre vie, parlons-en justement ! Quand nous ne travaillons pas, nous sommes « occupés » à récupérer nos forces pour être capable de reprendre le travail ou encore à dépenser le fruit de notre labeur dans les grandes surfaces. Quoiqu’il en soit, le temps non consacré, d’une façon ou d’une autre, au travail est rapidement ressenti comme perdu : « le temps c’est de l’argent gagné », nous a-t-on inculqué.

Condamné à « gagner son pain à la sueur de son front », l’homme a constamment cherché à se libérer grâce à ses inventions techniques et technologiques. Or, le constat reste affligeant. Aujourd’hui, l’homme travaille selon des rythmes effrénés — celui des machines justement ! Paradoxalement, il se soumet (pendant plusieurs décennies) à des conditions pénibles d’emploi dans le but de bien vivre et même de mieux vivre (un jour). Sans fin, il s’agit pour lui de combler des besoins subjectifs, artificiellement créés par l’univers de la grande consommation et des loisirs qui prospèrent sur le terreau qu’ils ne cessent eux-mêmes de fertiliser. Que deviendrait l’industrie automobile, par exemple, si au lieu de changer de voiture tous les 7 ou 8 ans, on se bornait à en acheter une d’occasion tous les 15 ans ?

Cependant, dans les sociétés occidentales et cela depuis la fin des « 30 Glorieuses », le taux de chômage n’a cessé de grimper. Loin d’avoir disparus, la pauvreté et le précariat sont devenus permanents. Le sentiment d’exclusion et d’inadaptation sociale qui en a résulté a eu un effet nocif sur le moral d’une grande partie de la population, déstructurant considérablement l’individu et déséquilibrant gravement la société.

Alors, pour contrer une lancinante crise de système ne pourrait-on pas reconsidérer, plus courageusement, la répartition de l’emploi et celle des revenus, et plus particulièrement — pourquoi pas ? — l’allocation universelle. Ce dernier thème est fort controversé, mais il présente également une double vertu essentielle : permettre enfin à l’individu de se libérer de l’angoisse de survivre par son emploi et de donner une orientation bien différente à la valeur « travail » : vecteur d’imaginaire aussi bien individuel que collectif, pouvoir réel d’agir sur l’environnement dans son ensemble, porteur en somme d’un sens nouveau pour l’homme, rétabli dans sa dignité de créateur. Imaginez seulement un PNB qui ne rendrait plus compte du volume de richesses produites par le travail, mais qui évaluerait le temps rendu disponible pour que chacun veille et œuvre à son authentique épanouissement.

En accordant plus d’attention et de valeur à ses loisirs et, par cette voie, plus de valeur à sa vie, l’homme devrait parvenir à s’affranchir de sa condition qu’il croit encore première de « travailleur en service ». Cessant, en même temps, d’être un consommateur assidu de biens artificiels, pour se réaxer sur ses besoins réels, il reprendrait sa vie en charge, et par là, confiance en lui-même. Sans qu’il soit encore laissé aux professionnels défaillants le droit de décider de son sort, gageons enfin que chacun retrouvera ses possibilités d’action sur la vie publique aussi bien associative que politique.

Dans le Droit à la paresse (1881), Lafargue dénonce les « bienfaits du travail » que prêche la morale traditionnelle sans tenir compte des conditions réelles dans lesquelles il s’exerce. Dans l’Apologie des oisifs (1877), Stevenson va déjà plus loin. Il accuse les forces au pouvoir de rendre, par un travail salarié sans intérêt, la population passive, de la manipuler ; l’école l’ayant déjà disciplinée et soumise. Aussi prône-t-il ce qu’il appelle l’« oisiveté décidée », celle qui permet de développer l’imagination et la créativité, celle qui ouvre à la rencontre, à l’imprévu, à l’aventure, au plaisir et à la jouissance. Faisons-nous, dès maintenant, les hérauts de ces deux auteurs visionnaires !

Vos commentaires sont les bienvenus : al.size.af@gmail.com

Prochaine rencontre le 8 juin, à 19h, dans les locaux de la Bibliothèque publique de Vielsalm.

Thème choisi : « La foi en la science ».

 

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