Élaborez votre pensée

 

 

 

 

Une politique de décroissance de par chez nous… aussi

Compte-rendu de l’atelier « Élaborez votre pensée » du 9 mars 2017

Bien sûr, tout le monde connaît l’adage attribué à Montaigne (16e s.) : « Je préfère une tête bien faite à une tête bien pleine. » Et pourtant ! Certes, un vrai échange d’idées peut parfois servir d’exutoire à la frustration inhérente à nos existences. Le plaisir aussi de rallier, momentanément, à soi ceux qui comme nous prétendent être moins dupes que les autres. Et pourtant ! Est-ce bien cela réfléchir, bâtir une pensée efficiente, organiser un programme d’action !? « L’imagination au pouvoir », lisait-on sur les murs de 68. Et si aujourd’hui encore nous tâchions de faire de cette folie douce notre meilleure alliée.

« Il ne faut pas de diplôme pour exercer un mandat politique », entend-on souvent dire. Mais est-ce que savoir nous procure quelque pouvoir pour autant ? Même partagée par une multitude, une idée en soi a‑t‑elle jamais changé le monde ? En fait, l’échelle à laquelle, de nos jours, le citoyen lambda peut espérer reprendre davantage possession de sa vie semble être principalement celle du local (un quartier, une commune, une ville…). Or, pour revendiquer cette autonomie à l’encontre des diktats de toutes sortes (des réglementations communales ou provinciales jusqu’aux mesures européennes), le premier effort à fournir consiste à identifier nos besoins de base sans plus (trop) être la proie d’une compulsion mercantile. En ce sens, des mouvements existent déjà dont l’objectif est de faire interdire la publicité !

Mais à y réfléchir plus concrètement, cette reconquête d’une certaine forme d’« autarcie communautaire » nécessite trois moments de mobilisation. D’abord, la sensibilisation du plus grand nombre d’habitants suivie de l’éveil d’un intérêt auprès des acteurs clés (les exploitants agricoles et les éleveurs, les artisans, les commerçants voire les banques « du coin »…). Cette ébauche de participation interactive doit, ensuite et rapidement, donner lieu à une réflexion plus poussée, à des expertises d’ordre économique, financière, juridique, sociologique, environnementaliste… relatives à la faisabilité d’un tel projet de relocalisation. Mais, dans quelles conditions cette volonté de réappropriation de nos destins aura-t-elle le plus de chance de réussir ? Ici, la cohérence, telle une mécanique bien huilée, en fera sans doute sa force principale. Ce n’est néanmoins pas encore tout. Arrivé à ce stade d’élaboration, une troisième étape, peut-être celle la plus difficile à franchir, ne peut absolument pas être négligée.

La question qui se pose alors est la suivante : comment ce désir de distanciation pourra-t-il se mesurer aux instances hiérarchiques de pouvoirs centralisateurs ou globaux (le respect des normes innombrables dont profitent les grands groupes industriels aux dépens des « petits » !) ? Pour pouvoir négocier une « sortie du système » et pratiquer une forme d’« isolationnisme » — deux termes mis actuellement à toutes les sauces —, assurément une grande finesse stratégique s’imposera. Il s’agira, probablement, du moins dans un premier temps, de jouer, diplomatiquement, non contre le système mais bien avec lui, à partir de l’intérieur et non depuis l’extérieur.

Gageons que le valeureux village des irréductibles Ardennais saura de la sorte résister à les forces envahissantes venues d’outre-fleuve aussi bien que d’outre-océan !

« Rien ne sert de penser, il faut réfléchir avant. » (Pierre Dac)

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Prochaine rencontre le 13 avril, à 19h (attention : changement d’heure), dans les locaux de la Bibliothèque publique de Vielsalm. Thème choisi : « Travail mensonge — Loisir vérité ».

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