Élaborez votre pensée

D’un bonheur trouble à un troublant bonheur

Compte-rendu de l’atelier « Élaborez votre pensée » du 9 février 2017

Durant des siècles, l’Église a détenu sur les consciences une hégémonie très peu contestée. Elle dictait ce qu’il fallait croire et, par là, prescrivait les valeurs dont l’individu devait poursuivre la réalisation durant son passage sur terre. Telle était pour lui la condition pour pouvoir espérer entrer au Paradis. Cette considération rétrospective risque de provoquer quelque mépris : quelle aliénante crédulité régnait à cette époque ! », penserez-vous peut-être. Et pourtant… Où en sommes-nous vraiment nous-mêmes ? Suffit-il, par exemple, de s’estimer non-croyant pour ne jamais éprouver de la culpabilité ou parfois se tourner vers le ciel pour demander grâce ? Sentiment et attitude ancestrales peut-être, mais qui aujourd’hui encore évoquent la perte du bonheur.

Actuellement, il est un autre grand maître de l’opinion. Jusqu’où les médias (et derrière eux les grands groupes financiers), puisque c’est d’eux dont il s’agit, façonnent-ils nos pensées et gèrent-ils nos existences ? Sans doute nous arrive-t-il d’écouter quelques experts appointés auprès du quatrième pouvoir, ou alors peut-être que les humoristes ou billettistes nous confortent dans notre sentiment d’indignation de bien-pensants, et cela même quand ils nous reflètent une image très peu flatteuse de nos rapports en société. Inutile ici de parler de la publicité qui nous pousse au consumérisme comme s’il s’agissait là, pour nous, de la moindre source de contentement et même, pour les plus désespérés d’entre nous, d’une ultime planche de salut. Dans pareil contexte, parler de liberté de penser a-t-il encore un sens ? Et pourtant… c’est aussi notre bonheur qui en dépend.

Effectivement, pourquoi évoquer ces divers types de conditionnement de l’esprit lorsque notre propos est de parler du bonheur ? En fait, ce dernier peut s’apparenter à un instinct qui, parce qu’il est fourvoyé par toutes formes de discours, fait paradoxalement le lit de notre malheur. Privation dans l’espérance infinie d’une récompense future (comme mode de vie promu par certains courants religieux) ou bien compulsion (parfois obsessionnelle) aux plaisirs dont l’indice de satisfaction se révèle toujours plus médiocre ? Angoisse de ne pas vivre dans l’euphorie perpétuelle qui nous semble être imposée par les médias, sinon fuir le bonheur de peur qu’il se sauve et se fondre ainsi dans la sinistrose ambiante ? Le bonheur encore comme simple absence de souffrance avant de retomber dans l’ennui ou, au contraire, exaltation liée à un sentiment de puissance qui lui-même ne peut se concevoir sans des moments de résignation face à l’éternel retour du malheur ? Autant de dichotomies sans issue alors qu’une voie médiane est à notre portée : selon Aristote, Saint Thomas et Kant, c’est par l’exercice des vertus morales que l’être raisonnable s’inscrit dans la perspective de la « béatitude » ou du moins se rend digne d’être heureux. Néanmoins, pour suivre un tel chemin de sagesse une conversion est nécessaire.

Transformer notre besoin d’être heureux en une efficace volonté de l’être, suppose avant tout une évolution d’ordre mental voire une mutation de type spirituel. Sans plus jalouser l’autre ni chercher à l’imiter, il s’agira alors de redistribuer nos critères de vie heureuse selon une hiérarchie qui correspondra mieux à notre personnalité, qui conviendra ensuite mieux au parcours que nous nous serons plus sciemment choisi, qui sera enfin plus respectueuse de nos conditions de vie réelles. Par là, il conviendra aussi de rééduquer nos désirs, d’avoir l’intelligence de puiser notre inspiration vitale dans la moindre parcelle de beauté, et même de oublier un peu sa propre tristesse pour essayer de nourrir la joie de l’autre… À l’instar de la liberté, le bonheur se gagne, premièrement, par une prise de conscience des déterminations qui pèsent sur nous et, deuxièmement, par leur reprise en vue de les incliner, de les rendre plus favorables à la pacification de nos existences. Troublante sera dès lors la redécouverte d’un bonheur plus authentique, dégagé qu’il sera des canaux discursifs qui, jusqu’à nous torturer, modélisent notre réalité !

Vos commentaires sont les bienvenus : al.size.af@gmail.com

Prochaine rencontre le 9 mars, à 19h30, dans les locaux de la Bibliothèque.

Thème choisi : « La Décroissance : une perspective trans-économique».

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