Expo « Jardin écologique »

Rendre son jardin accueillant pour la faune, le dessiner, y organiser la mixité botanique, jardin bio ou naturel… 🐞🥕🍅
Une exposition-découverte des multiples avantages et du peu d’inconvénients offerts par les jardins écologiques🌸🌼
Pendant les heures d’ouverture de la bibliothèque (gratuit) 👩‍🌾👨‍🌾

Café philo

LE LOBBYING : POISON DE LA DÉMOCRATIE

Compte-rendu de l’atelier philosophique du 28 février 2019,
animé par Alain Wuidar, agrégé de philosophie.

Avancer masqué

D’habitude, le large public associe à la notion de lobbying, celle de corruption financière des « décideurs ». À partir de là, on tend facilement à négliger que cette corruption revêt aussi bien plus souvent des dimensions intellectuelle et morale.

À côté du lobbying qui défend les intérêts commerciaux propres aux grands secteurs industriels privés (pharmaceutique, agrochimique, pétrolier, alimentaire et du tabac…), il faut savoir que des ONG (Médecins sans frontière, Oxfam, Handicap international…) et autres associations essayent, elles aussi, de faire valoir des intérêts, causes ou encore valeurs qui, pour leur part, sont d’ordre public ou du moins communautaire. Déjà, ceux qui sont « élus pour représenter le peuple » devraient pouvoir distinguer ces deux types de groupes de pression, constitués de personnes qui s’adressent à eux pour les orienter sur la prétendue meilleure voie à suivre dans la rédaction d’une loi. Or, c’est un exercice difficile car un lobbyiste peut prétendre défendre le monde de la chasse tout en étant un représentant de l’industrie de l’armement pour la chasse. Il s’agit ici d’une première forme de tromperie.

Les méthodes utilisées pour influencer le processus de décision

Si plus d’un milliard d’euros est dépensé chaque année au sein de la Communauté européenne, si pour chaque fonctionnaire qui travaille en son sein, il y a un lobbyiste, cela signifie avant tout que les moyens mis en œuvre pour influencer la prise de décision politique sont non seulement colossaux, mais en même temps fort diversifiés. Trois grandes catégories peuvent être repérées : 1) Manipulation et instrumentalisation de la science auprès des politiques et des populations, 2) infiltration du système politique, 3) collusion des sphères publique et privée. Le premier cas a trait à la commande et à la diffusion de dossiers scientifiques au contenu volontairement biaisé de façon à être favorable au produit qui risquerait, sinon, d’être mis sur la sellette. Par exemple, faire dire le contraire aux statistiques à propos d’une question d’ordre sanitaire ou encore discréditer la rigueur scientifique de l’adversaire, et par là propager le doute dans l’esprit d’une population.

Le noyautage de la sphère décisionnelle couvre une large panoplie de moyens qui va du copinage et de la flatterie au chantage et à la ternissure d’image, du dépôt d’un dossier tout préparé au bombardement de mails, de l’influence du public via les médias à la rédaction d’amendement que certains politiques n’auront plus qu’à déposer… Le stade de danger que représente toute cette activité d’enfumage est franchi : la femme ou l’homme politique non seulement ne lit pas un dossier qui aurait été constitué de façon indépendante par ses conseillers, mais c’est sa capacité de discernement, elle-même, qui est déformée.

Quant à la connivence qui peut apparaître lors du passage d’un(e) politique ou d’un(e) haut fonctionnaire du domaine public au domaine privé et vice versa (lorsqu’il n’exerce pas les deux en parallèle), si elle ne débouche pas sur un réel conflit d’intérêt (avoir des actions ou être administrateur dans des secteurs qu’on est, par ailleurs, amené à réguler politiquement), elle ne manque pas d’éveiller bien des suspicions. En effet, le problème est maintenant d’ordre éthique : comment ces femmes et hommes, détenteurs du pouvoir politique, peuvent-ils servir, en toute partialité, tantôt l’intérêt général, tantôt les intérêts particuliers, quand on sait qu’ils sont, tous ensemble, redevables ou obligés d’une myriade d’intérêts privés ?

Les moyens pour un contrôle ou une riposte

D’un point de vue légal, les parlementaires et député(e)s semblent avoir voulu se prémunir face aux critiques qui leur seraient adressées d’être à la solde d’intérêts privés aux dépens des intérêts publics qu’ils sont censés défendre. Ainsi, pour pouvoir exercer leur tâche au sein de la CEE, tous les lobbyistes doivent obligatoirement être inscrits sur un « registre de transparence », déclarer l’ensemble de leurs contacts avec les politiques et suivre un code de conduite dans leur relation avec ces derniers. De leur coté, chaque législateur serait obligé de publier son agenda de rencontres qu’il a eues avec tous les lobbyistes dans le cadre de la préparation d’une décision ; on parle alors de la « traçabilité » d’une loi. Enfin, le principe de précaution (dont l’objectif est de protéger les populations de dérives occasionnées par l’activité des entreprises) qui n’a jamais bien fonctionné, s’est encore vu affaibli par l’entrée en vigueur d’un autre principe, celui de l’innovation entrepreneuriale ; en d’autres mots, une mesure politique devrait aussi être jugée à l’aune des conséquences possibles sur l’activité des entreprises et en aucun cas être un frein à l’essor d’un domaine industriel…

En termes de contre-attaque le citoyen n’est pas non plus entièrement démuni : un (contre-)lobbying peut être financé par la participation de toute une communauté ; des organismes de surveillance (par exemple, de la qualité des médicaments) et de défense (par exemple, des consommateurs) existent. Sans oublier, la participation ou le referendum citoyen, les manifestations, les grèves, le boycott…

Conclusion

Le lobbying ne respecte pas les règles démocratiques inhérentes à la construction de la volonté ou de l’intérêt général. Au profit de la réalisation « à tout prix » d’intérêts catégoriels, il ne se soucie pas, sinon par duperie, de servir la cause de l’utilité publique.

Quant au politique, à supposer qu’il ne voit pas même la malhonnêteté morale d’être à ce point à l’écoute d’intérêts privés, sa probité intellectuelle, elle, demeure de toute façon en cause : la connaissance « complète» d’un dossier, qui aurait été autant que faire se peut objectivement construit, ne semble en tout cas pas être l’apanage de tous les décideurs politiques.

Quelques questions pour aller plus loin

  • Si une femme ou un homme politique se laisse intellectuellement et moralement corrompre, n’est-ce pas qu’elle/il y trouve aussi directement un intérêt personnel ? Lequel pensez-vous ?

  • « Il y a deux sortes de justice : vous avez l’avocat qui connaît bien la loi, et l’avocat qui connaît bien le juge ! » (Coluche). Ne pensez-vous pas qu’en l’occurrence, le professionnel du droit devrait avant tout connaître son dossier ?

  • Partout, là où il y a du pouvoir quel qu’il soit, n’y a-t-il pas détournement ou abus au profit d’intérêt moralement illégitime ?

Prochaine rencontre : le jeudi 28 mars 2019 à 19h30 en la Bibliothèque publique de Vielsalm

Thème de la soirée : « Le Rire»

 

Café Philo

TRANSITION : LA FIN D’UN MONDE ?

Compte-rendu de l’atelier philosophique du 31 janvier 2019,
animé par Alain Wuidar, agrégé de philosophie.

Constat et essais de réponses

Le constat des dégâts est aujourd’hui indiscutable : surconsommation d’énergie et pollution atmosphérique ; appauvrissement des ressources du globe ; perte considérable en matière de biodiversité ; démographie galopante et encore risques planétaires accrus en matière de santé, etc.

En parallèle, des solutions émergent : établissement de limites en matière de ressources énergétiques et quête de nouvelles formes « renouvelables » d’énergie ; introduction de justice sociale, de solidarité et de subsidiarité ; recherche d’équilibre psychique et aide aux personnes les plus défavorisées ; développement d’une culture coopérative, apprentissage expérimental et mise en réseau des initiatives locales ; et encore développement d’une vision optimiste et d’un esprit créatif, etc.

Les acteurs et les compétences:

La mise en œuvre de la transition se joue à plusieurs niveaux : au niveau individuel, travailler à son développement personnel et spirituel peut contribuer à l’évolution globale de la société ; sur le plan relationnel, l’entraide, la reconnexion à la Nature, le soutien mutuel nous laissent espérer que tout n’est pas perdu ; à l’échelle locale, l’associatif et le politique ont déjà multiplié leurs engagements (citons entre autres, l’achat groupé de biens et d’énergie, l’échange de services et de savoirs, le circuit-court, la constitution de réserves en eau, aliments et bois…) ; l’entreprise de son côté, qu’elle soit régionale ou internationale, se voit de plus en plus contrainte de répondre à une clientèle critique (que ce soit par conviction ou pour leur image de marque) ; et enfin l’État qui, à côté de sa politique de taxation, de subsidiation et d’encouragement au bénévolat, et pour peu qu’il puisse un peu se soustraire à la pression de grands holdings, serait en mesure d’induire une sensibilité de masse quant à la manière de consommer — moins, mieux et plus intelligemment — biens, services et énergie.

Un petit coup d’œil sur l’histoire « énergétique » et les perspectives d’avenir

Malgré les diverses grandes crises (épidémies, famines, guerres…) et les bouleversements (irruptions volcaniques, inondations, tremblements de terre…) qu’a connus notre planète, nos modes de vie individuels et nos organisations sociétales ont perduré sur leur lancée. À condition que ce soit à gros traits de pinceau, on pourrait dire qu’à l’exploitation d’une source d’énergie principale a été lié l’essor d’une époque voire d’une civilisation : le vent a poussé Athènes et Rome à conquérir la Méditerranée, le moulin à eau a servi la prospérité du Moyen-âge, le charbon a hissé la Grande-Bretagne et la Wallonie en tête des plus grandes puissances économiques, tandis qu’aujourd’hui le pétrole assure une forme d’hégémonie aux USA et à certains pays du Golfe Persique. Actuellement, ce sont les grands holdings, trusts et cartels associés à l’extraction et à la distribution des hydrocarbures qui dominent, et il est clair qu’un changement de politique générale irait à l’encontre de leurs intérêts financiers.

La résistance à la technique énergétivore et polluante n’est pas nouvelle. Déjà aux 18e et 19e siècles c’était une réalité avec, par exemple, les médecins britanniques et parisiens qui s’alarmaient des effets toxiques de l’air sur les populations. Et aujourd’hui, où en sommes-nous en matière d’énergie ? Que ce soit le bois (avec l’Amazonie sous le régime de Bolsonaro), le gaz (avec les gazoducs aux mains de Poutine) ou le pétrole (pour faire la guerre), ils constituent à eux trois encore 90 % de l’énergie utilisée à travers le monde. Quant aux énergies dites renouvelables elles ne sont ni totalement recyclables ni elles-mêmes inépuisables… Et enfin, si les réserves de pétrole sont jugées encore « suffisantes » à moyen terme, un problème dans leur approvisionnement ne pourrait survenir qu’à la suite d’un déséquilibre entre les grandes puissances… Alors que d’aucuns semblent ne pas avoir peur de foncer droit dans le mur, d’autres s’inquiètent de vivre déjà l’effondrement.

Mais peut-on encore éviter l’inévitable ?

L’effondrement en cours ne doit pas être un prétexte pour sonner la démobilisation. Nous demeurons plus que jamais responsables vis-à-vis des générations à venir. Si cela doit passer par le choix d’une existence plus modeste faite d’objectifs atteignables au sein d’une convivialité reconquise, de nouvelles visées éducatives doivent forcément être mises en place. La question n’est pas de savoir s’il déjà trop tard ou s’il est encore temps. Il nous faut bien davantage changer de rythme. Et de « maîtres (capitalistes) de la Terre », il nous faut (re)devenir les « gardiens (spirituels) de la Création ». Et si nous nous efforcions d’être des « Néo Noé » !

Quelques questions pour aller plus loin

  1. « Tout discours est idéologique » et ce texte ne fait pas exception à la règle. Imaginons que soit mise en place une technologie qui sauve définitivement la planète. La voie écologique, au sens très général du terme, ne s’imposerait plus alors comme la seule voie évidente. Quelles seraient les valeurs que devrait néanmoins préserver ou retrouver l’humanité pour repartir sur de bonnes bases ?

  2. Est-ce le passage par un grand chaos ou une période d’« anarchie », la mise en place ou la redécouverte d’une coopération au niveau local, régional… ou, au contraire, est-ce le recours à un pouvoir fort et centralisateur qui nous permettra d’atteindre un « renouveau » ?

Prochaine rencontre : le jeudi 21 février 2019 à 19h30 en la Bibliothèque publique de Vielsalm

Thème de la soirée : « Le lobbying : poison pour la démocratie»